Un vaste scandale financier estimé à plus de 200 millions de dollars américains éclabousse la société minière Ruashi Mining, basée à Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga. Selon plusieurs documents consultés par notre rédaction, un redressement fiscal couvrant la période de 2018 à 2024 met en lumière de graves irrégularités de gestion au sein de cette entreprise contrôlée par le groupe chinois Jinchuan Group.
Une acquisition controversée
L’origine de cette affaire remonte à 2011, lorsque Jinchuan Group procède au rachat de la société sud-africaine Metorex, alors détentrice de 75 % des parts de Ruashi Mining. Cette opération, jugée opaque par plusieurs observateurs, avait suscité de vives réserves de la part de la Gécamines, entreprise minière publique congolaise qui détenait les 25 % restants.
À l’époque, la Gécamines avait officiellement exprimé son opposition à la transaction, dénonçant un manque de transparence dans le processus de cession. Selon plusieurs sources proches du dossier, des pratiques de corruption avaient finalement permis de faire aboutir l’opération.
Un système avéré de fraude fiscale
Durant plusieurs années, les dirigeants de Ruashi Mining ont mis en place un système financier opaque reposant notamment sur une double comptabilité et des déclarations divergentes destinées, selon les circonstances, soit aux associés, soit aux services fiscaux congolais.
L’objectif de ce mécanisme étant de réduire artificiellement les bénéfices déclarés à l’État congolais afin de minimiser le montant des impôts et taxes dus au Trésor public.
Des documents internes, notamment des courriels d’instruction consultés par notre rédaction, révèlent l’existence d’un réseau structuré impliquant les dirigeants de haut niveau de l’entreprise. Ces éléments mettent la lumière sur ce qui pourrait constituer l’un des plus importants dossiers de fraude fiscale dans le secteur minier congolais ces dernières années.
Un redressement fiscal resté sans suite
La Direction des Grandes Entreprises (DGE), branche spécialisée de la Direction Générale des Impôts, a identifié plusieurs irrégularités majeures lors d’un contrôle fiscal. Un rapport établi en avril 2024 fait état d’un redressement de près de 230 millions de dollars américains à charge de Ruashi Mining.
Cependant, ce rapport est resté sans suite jusqu’à ce jour.
Selon plusieurs sources concordantes, un vaste réseau d’influence est mobilisé afin d’étouffer l’affaire. Des cabinets privés, certains agents de l’administration fiscale ainsi que des personnalités politiques influentes sont mis à contribution pour empêcher l’aboutissement des procédures engagées contre la société minière.
Des révélations qui interpellent les autorités
Notre rédaction affirme avoir réuni plusieurs éléments de preuve, y compris des documents dissimulés pendant des années par les responsables de Jinchuan Group.
Ces révélations relancent le débat sur la gouvernance du secteur minier en République démocratique du Congo, alors que les ressources naturelles du pays représentent une part essentielle de l’économie nationale.
Face à la gravité des faits allégués, des voix s’élèvent pour demander l’ouverture d’une enquête parlementaire et judiciaire indépendante afin de faire toute la lumière sur ce dossier et d’établir les responsabilités éventuelles.
La représentation nationale est notamment appelée à se saisir de cette affaire afin de défendre les intérêts de l’État congolais et garantir la transparence dans la gestion des ressources minières du pays.
La Rédaction
